Pourquoi un élève revient — ou pas — dans votre studio de Pilates

Témoignage de Julie, pratiquante assidue de Pilates depuis 15 ans.

Fut un temps, mon travail me menait aux quatre coins du monde. Je me suis sédentarisée depuis, mais j’ai conservé une habitude qui m’ancre : que je sois à 30, 300 ou 3 000 km de chez moi, j’arrête le temps et je m’ancre — le temps d’un cours de pilates, où que je sois.

Je pratique depuis plus de dix ans, principalement sur machines. J’ai dansé pendant des années, pratiqué le yoga — en bref, je revendique l’amour du mouvement juste et précis. Je suis une cliente attentive et humble, mais exigeante sur la qualité de l’enseignement. Autant dire que j’ai testé un grand nombre de studios, de méthodes et d’accentuations en tous genres.

Alors, qu’est-ce qui provoque le coup de cœur — ou pas — lorsque je découvre un studio, un(e) enseignant(e) ou une salle de pilates ?

Le Pilates est puriste… ou il n’est pas. 

Passer la totalité d’un cours sans entendre une seule fois le mot magique (périnée ou plancher pelvien) me semble toujours suspect. Le Pilates est une discipline, et à défaut d’être tous et toutes des disciples de Romana, nous devons tout de même reconnaître que ce bon vieux Joseph devait avoir peu de problèmes de pets intempestifs durant ses cours — et c’est une bonne chose. Sans activation du périnée durant le cours, point de salut (mais beaucoup de moments gênants). Un point essentiel, que ma première prof de pilates nous martelait à chaque séance. Je n’ai jamais autant travaillé que sur le gros ballon. Merci, Karine : tu m’as permis de faire connaissance avec mon transverse ; nous vivons désormais en bonne entente.

Le Pilates requiert concentration et centrage. 

Il ne s’agit pas d’un cours de fitness. La musique très forte, et surtout très rapide, nuit grandement à la capacité de concentration et à la fluidité du mouvement. Je garde un souvenir cuisant d’une salle de pilates à Abidjan — repaire « bien-être » de la communauté d’expatriés — où un coach musclé hurlait des instructions approximatives sur des exercices que je n’avais jamais explorés (peu probable après dix ans de pratique hebdomadaire). Calme, concentration et cohérence : tels sont les maîtres mots d’une salle de Pilates.

Qu’est-ce qui doit travailler ? Comment fonctionne ma chaîne musculaire ? 

Je garde un souvenir ému d’Elsie, professeure émérite et exigeante d’un studio singapourien, qui m’a un jour expliqué qu’en observant ma chaîne musculaire inférieure et mon mouvement sur le reformer, elle constatait que je n’utilisais pas tout l’appui de mon pied, et que je devais insister davantage sur le bord externe — pour gagner en force et en précision (oui, le petit orteil a une raison d’être). Je ressortais de chacun de ses cours épuisée et heureuse, forte d’une nouvelle révélation sur mon corps, son fonctionnement, ses forces, ses faiblesses. Elsie m’a permis de saisir l’essence du Pilates : contrologie et autonomie.

Le maître se forme sans relâche. 

Le dernier studio dans lequel je me suis rendue religieusement toutes les semaines pendant dix ans proposait régulièrement des ateliers auxquels les élèves avancées pouvaient assister. La créatrice du studio y assistait avec nous, réapprenait, absorbait chaque parcelle d’information, chaque variation de mouvement avec la passion d’une novice — et les cours suivants s’enrichissaient de cette nouvelle pratique et de ces remises en question continues. Un(e) prof passionné(e) et curieux(se) aura toujours plus d’impact et d’élèves.

Intégrité et éthique. 

J’attends d’un cours de pilates un enchaînement précis, une séquence maîtrisée et une sécurité optimale sur les machines. J’attends également une attention particulière au respect du corps de l’élève. J’ai assisté à une scène très gênante, mettant en scène un professeur de pilates qui montrait, avec insistance, à une élève où se trouvaient son bassin et son pelvis. Je n’ai plus jamais remis les pieds dans son studio. Il ne lui avait jamais demandé son consentement. Peu importe le genre du professeur, son passé de danseur, son sentiment de toute-puissance : le toucher requiert une autorisation préalable.

Le havre de paix.

Soyons clairs : payer 30 euros pour un cours d’une heure dans une pièce sans lumière ni vestiaire digne de ce nom, avec des toilettes douteuses, des odeurs suspectes ou une peinture défraîchie, est totalement rédhibitoire. Tous les élèves de pilates n’aspirent pas au studio « Marie Claire » — mais il existe des impératifs de propreté, d’accueil et d’esthétique qui rendent le lieu propice à la détente et à l’effort consenti. J’ai pratiqué une fois dans un studio qui tenait plus de la cave que d’une salle de pilates. Je n’y suis pas retournée, en dépit de la grande qualité de l’enseignement — et je le déplore. La salle est une vitrine : négliger son apparence déprécie son potentiel. Il suffit parfois de demander un avis éclairé et sincère à un(e) élève bienveillant(e) pour débloquer le potentiel d’une salle qui ne fonctionne pas comme elle le devrait.

Je tiens, pour conclure, à adresser mon éternelle reconnaissance et ma gratitude à chaque professeur(e) de Pilates qui m’a accompagnée — et qui m’accompagne encore. J’ai retrouvé force et flexibilité après mon accouchement, calme et sérénité, confiance et autonomie grâce à vos conseils avisés, à vos observations et à vos corrections. C’est un cadeau immense. J’espère que ces bribes d’expérience d’élève vous conforteront dans votre pratique actuelle — ou vous permettront les ajustements qui libéreront votre plein potentiel.


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